"L'INSURRECTION DES VIES MINUSCULES"

 

"Le monde loge bien davantage dans la périphérie que dans son centre. La grande idée de Chaplin est tout le peuple minuscule de la périphérie.
Que vous soyez contre le bastingage d'un bateau ou à bord d'une roulotte de bohémiens, vous êtes toujours dans la cour des petits mais cette cour est peuplée de l'humanité foisonnante des sans-histoires qui font pourtant l'histoire.
Le monde des invisibles, des pauvres gueux n'est pas une plébéienne des miracles. 
Le monde des pauvres n'est pas un pauvre monde. 
C'est une humanité à explorer, une vie mode d'emploi de tous les possibles que Chaplin refuse d'envisager comme monde maudit (...)"   
                              
Guillaume Blanc Ed. Bayard- Les révoltés philosophiques

 


Calligrammes les 3-Mâts au MUba - Les Toiles dans la Ville 2015

LE CIRQUE EST AVANT LA LANGUE 

LE CIRQUE VIENT AVANT LA LANGUE 

Il Est Souffle À Travers La luette

Il Est Souffle Le cirque Est
Aussi Le RIEN D’AVANT LES MOTS
POSENT MAL POUR LE CIRQUE

 

Les mots Se Posent Mal Sur La Toile
Ils Ne Savent Pas Quoi Faire Avec
Ils Ne Savent pas comment s’y prendre
alors ils passent à côté

 

le cirque dévoile dénude décille le cœur du monde 
Chagall 
Vient De l’autre côté
Chagall Lui Vient D’avant
Il Couvre La Toile D’avant

 

Qui A troué Les frontières
Et les nuits Comme un ange
Alors la musique lui va comme un gant
Et Chagall pose des notes sur la toile 
Il tapisse nos rêves 
Et il décline une suite nuptiale
Une parade d’amour
Il nimbe les briques les bétons
Les parpaings les tôles les casernes les prisons
Les egos Les chaos
D’une terre de couleur 
Liquide
Bleue-nuit
Alors On Entre De l’autre côté
Sous la toile Du cirque-d’avant !

 *

On peut pas Poser Un mur Au Milieu Du chapiteau
On peut pas Couper la piste en deux
On peut Pas Bétonner Les regards Etonnés
On peut pas Faut laisser L’air circuler

 

Faut laisser Le cirque Vaguer
Faut laisser Les haubans Se tendre Aux vents Multiples
Faut laisser Le cirque Aller et venir
Au gré Des marées Qui viennent Et reviennent
Caresser Le sable De la piste
Caresser Les mains des acrobates

 

Caresser Les pieds Des contorsionnistes
Caresser La naissance Des clowns

*

Le mât Tremble Sous la tempête
Le mât S’illumine Et c’est la fête
Les garnements Du village 
Grimpent Comme Chimpanzés
Pour décrocher La lune


Ils se hissent Au pays de cocagne
Ils coursent Le pays d’abondance
Ils glissent Dévissent
Remontent Reglissent
Le mât Fond Sous le soleil
D’un goudron Malin
Et leurs yeux brillent
et les yeux-gamins 
Brillent

 

Le mât n’est plus chinois
Il est maroc afghan maroc syrien
Africain Mexicain 
Le mât Tend ses haubans De toutes ses forces

 

Il n’y a pas de murs
Sous cette tente 
Il y a la fente
Du désir Immortel
Pour tenir Pour flotter
Entre Tempêtes Et cataclysmes…et sectarismes

 

La fente Lente Et Douce Du Petit Mousse
Caché 
Dans la cale
Entre Les sacs De coton de jute de café De menthe poivrée
Le mousse Qui s’endort
En rêvant Des orients Parfumés
Des loukums Des thés verts Des douceurs D’herbe verte 

 

Les mâts ne sont plus chinois
Ils ont perdu leur identité
Ils sont bigarrés Balafrés
Edentés Corsaires Pirates
Ou

 

Les mâts Abritent des oiseaux migrants
des canards du grand nord 
des baleines du grand sud
les mâts ne sont plus chinois
ils sont de tous les pays à la fois.        

GD

 

Paroles d’un Drôle !

Un clown vous parle – ou droit de réponse d’un clown !- car voyez-vous tous les clowns ne sont pas des assassins –certes nous revenons du Pays des Morts – et nous le savons – c’est bien pour ça que nous faisons pleurer les enfants depuis une éternité dès que nous Entrons-

Ah ! oui c’est vrai nous ? qui sommes-nous ? hé bien nous sommes ce Petit Peuple des Clowns d’aujourd’hui …Huluberlus –Extravagants- Auguste – Poètes incorrigibles- tous ces Boudu, Arletti, Damien Bouvet, Greta , Emma, Michèle Guigon , Ludor Cyrtik , Matapeste et j’en passe et des meilleurs …nous les aspirants-clowns les apprentis-clowns les Nouveaux-Nez,les Amoureux de Clownerie , Les Buffo Nous que vous ignorez inlassablement , dont vous ne connaissez pas l’existence car vous ne savez pas où nous mettre ,où nous ranger …nous , cette Part de Rêve , cet autre nous-même qui voyage en nous , qui porte ses lambeaux d’humanité …en toute liberté !

Alors ?

Alors « les mots font les choses », alors creusez-vous la cervelle …c’est pas les clowns qui attaquent mais des masques de clowns, des postiches, des leurres !

alors n’appelez pas la police , ne faites pas le 17 quand vous nous rencontrez sur une piste ,sur une scène , dans une maison de retraite , dans un hôpital ou que sais-je !

 

C’est pas les clowns qu’il faut clouer au pilori, c’est la barbarie, c’est pas l’improvisation, la joute verbal ,la danse du diable, c’est la fureur du sang , c’est pas le pied de nez au Cac 40 , c’est la Peur de l’autre , c’est l’Exclusion , c’est la Pratique du mot-tueur…

Le clown , l’auguste , le loyal laisse passer son grain de folie et le donne aux autres , à l’autre …Il est passeur , contrebandier certes, passeur de l’Autre , l’autre qui est en moi ,ce continent perdu ou oublié …

 

Le clown ne se cache pas derrière un masque pour tuer ou faire peur : il est lui-même .

 

Ce qui est triste dans ce qu’on entend autour de cette actualité du « clown qui ne fait pas rire » c’est qu’on se croit obligé de parler du clown et toute une conception fadasse ressort : clown = enfant , = campagne = petit cirque = ….toute une attitude condescendante parce que c’est toute une part de la création actuelle et de la création poétique qui échappe au star-système (par définition) car c’est un art vivant, brut de pomme, qui tire un pied de nez au monde des salons ou de la Cour Médiatique ( la multiplication des Promos comme des petits pains)…et qui est INEXISTANT ou qu’on fait INEXISTER en le recouvrant perpétuellement de vieilles lunes …
Gilles Defacque
 Clown au Prato dès sa naissance 
Lille, samedi 1er novembre 2014

 

 

Aujourd'hui , on dirait que les clowns n'existent plus ... Ce ne serait plus qu'une figure, un déguisement .

Pourquoi la presse titre " les clowns terrifiant " au lieu de dire que des gens se déguisent en clown pour terrifier .

Si ils s'étaient déguisés en bonne sœur auriez vous titré " les bonnes sœur attaquent ?

Ces gens qui attaquent qui font peur ne sont pas des clowns ils sont déguisés en clown !

Les médias font tranquillement l'amalgame oubliant ainsi ce long et difficile travail de réhabilitation du clown qui a mis des années à sortir du rôle tarte à la crème qu'on lui réservait . Maintenant il fait peur , il pourrait tuer peut-être. Mais ceux dont vous parlez ce sont des fous , des dérangés qui se gorgent de fiction et profitent des réseaux sociaux pour déverser leur mal être sur des passants . Et ce ne sont pas des solitaires. Le clown, le vrai est solitaire et il affronte sa propre peur avec courage parce que c'est son métier de ne pas faire plus que ce qu'il est et d'aller vers les autres sans arme. Le public dans les salles de theatre et dans les cirques le sait pour l'avoir vécu mais celui ou celle qui entend que les clowns sont ceux que vous décrivez , jamais plus ils ne viendront voir un spectacle où il y a des clowns .

Sous prétexte qu'il y a deux ou trois couillons qui s'amusent avec une image vous fustigez tout le reste, tout un pan de l'histoire du spectacle vivant ,de la poésie ,du sensible du cirque du théâtre . Vous ne parler que de Stéphane king et de "l'image du clown" que faites vous des vrais clowns qui ont fait l'histoire le rire , l'art , le cirque qui eux appartiennent à l'enfance à l'imaginaire Aller hop : Fellini , Buster keaton ,Pierre Etaix, Devos, zouk Grock, Charly Rivel, George Karl , les Fratellinis, Coluche, zavata et les contemporains Arletti, Adèle , madame Françoise, Defacque, Zig, otto et bien d'autre .. Aller Hop tous le monde au placard à la poubelle car aujourd'hui les clowns ne font plus rire ( le parisien) et cela juste parce qu'on a volé leur froques, leur silhouettes et vous les médias vous sautez à deux pieds dans le gros gâteau gras . Vous ne défendez pas la culture la fragilité la sensibilité , vous jouer le jeux de ces voyous . Juste l'image, uniquement l'image.. il n'y à plus que ça qui intéresse aujourd'hui . Pour vous l'art n'existe pas !

Qu'avons nous fait pour nous retrouvé nous au pilori (libération) juste parce que on nous a volé notre nez, notre costume ?

On dirais que l'on ne garde de l'art du clown que l'image et qui plus est la plus sordide , la lorgnette par laquelle vous regardez est bien petite et bien triste .  
Bonaventure Gacon clown

 

 

 

Samedi 14 décembre 2013 Gilles Defacque,

Recevait  les insignes de Chevalier de l’Ordre des Arts et des Lettres
par Madame Martine Aubry, Maire de Lille, Présidente de Lille Métropole

Son comité d’honneur :
Marie-Christiane De La Conté, directrice DRAC Nord Pas de Calais
Samira El Ayachi, auteur
Bertrand Riff, médecin, Président du Prato
Jean Vinet, directeur de Culture O Centre
Arnaud Van Lancker, musicien, compositeur, directeur du Tire-Laine
Alain D’Haeyer, comédien, compositeur, complice clown du Prato

A cette occasion il a pu lire son texte "Créer, c'est résister"

Créer
C’est résister

(Variation d’après Deleuze)

C’est résister à la négation de soi
A l’annulation de soi
A la nullité de soi
A la honte de soi
A l’ensevelissement de soi
A l’ensablement de soi
A l’enfouissement de soi
A l’enterrement de soi

 Créer
         c’est résister
         c’est naître
         à nouveau
         maintenant

c’est notre plus exacte naissance
c’est notre plus exacte acte de naissance
de maintenant
c’est ce qui nous fait tenir de bout
ou ce qui nous fait respirer
ou ce qui nous fait manger l’oxygène
et donner de l’oxygène
c’est ce qui nous fait

créer c’est ce qui nous fait
résister c’est faire poids c’est tenir contre c’est tenir malgré tout
résister c’est aussi naître
c’est aussi créer c’est renaître

faire entendre une voix une façon
faire entendre qu’on est là
faire entendre qu’on est qu’on existe

se faire reconnaître comme si on ne nous avait pas reconnu
vos parents vous ont reconnu
est-ce que vous le reconnaissez
peut-être qu’ils n’ont pas encore eu le temps de nous connaître

peut-être qu’ils ne veulent pas encore qu’on existe
alors créer c’est désirer
créer c’est désirer
créer c’est désirer exister
(déchirer chape de plomb chape de honte qui nous coconne – honte de soi – de où l’on vient – honte à jamais de la honte-honte qui nous mutile qui nous casse la gorge qui nous brise les reins – gibier tué en vol – ne pas se faire remarquer – jamais se faire remarquer – fondre – se fondre dans la masse- dans les murs – rentrer dans les murs – ne pas se montrer – ne pas se mettre devant – faire comme – faire comme si – bien se tenir – c'est-à-dire se tenir comme tout le monde –entrer dans le monde – entrer dans ce qui ne bouge pas – ne varie pas – ne change pas – ne pas se faire remarquer  - surtout ça jamais jamais)

 Et c’est lutter contre ce qui veut nous ratatiner nous éliminer nous nier
c’est lutter contre tous ceux qui nous font non-exister
i nous dressent des actes de non-existence

celui-là n’existe pas

je n’ai pas à en tenir compte n’entrera pas dans le monde n’entrera pas au monde ne sera pas au monde n’a qu’à aller dans le flot n’a qu’à se confondre dans la foule n’a qu’à se fondre

n’à qu’à – naka – naka

 créer c’est lutter contre la bêtise
ouais la bêtise
l’abêtissement
tout ce qui vient ravaler
tout ce qui veut nier
négationner
tout ce qui négationne
tout ce qui veut ravaler la façade
ravaler les pensées
(lisse lisse les pensées – pas d’accroc -)

résister c’est créer ça veut dire quoi ?
ça peut être créer une autre façon de vivre
créer une autre façon d’échange

une autre façon de partage
une autre façon de bonjour
une autre façon de dire bonjour
une autre façon de tendre la main
une autre façon de s’embrasser
une autre façon de se parler
une autre façon de s’aborder
une autre façon de se flairer
une autre façon de
La création est affaire de vie d’homme
la création c’est pas les affaires
et elle n’est pas que l’affaire des artistes
et les artistes ne sont pas là pour faire des affaires

la création
                 elle est là
                                pour
                                        résister
pour résister
                   pour inventer
pour venir heurter heurter la porte
hurler crier
pour faire entendre aut’chose
aut’chose
qui bout là-dedans
de moi-même


dedans
de moi-même
là dedans
et ça fait trembler la porte

la création c’est l’exacte de naissance
c’est l’exacte acte de naissance

 Résister c’est un principe  physique
c’est un principe actif

 c’est résister à ce qui nous emmène dans la Déprime
dans l’à quoi bon dans le on n’a pas besoin de passer son temps à ça

dans les idées toutes faites les idées rabats-joie les idées passe-partout les idées pépères et mémères les idées tranquilles les idées à la retraite des idées pour  c’est pu la peine d’essayer de dire autrement parce que tout est déjà dit d’avance a déjà été dit y a pu qu’à compter ses points et refaire une autre partie et ne pas changer de jeu surtout parce que c’est comme ça et quand c’est comme ça c’est comme ça et c’est tout

 Et les idées elles se fabriquent dans les mots tout faits dans les mots qui envahissent
qui salissent qui dégradent qui tuent au jour le jour à petit feu qui tuent et nous habituent
oui celui là étrange oui étranges étrangers de prévert
résister à la boue des mots qui tuent et habituent
qui habituent qui be aba tuent
Résister créer dans créer y a faire aussi on se met à faire
on fait on entre dans ce qu’on fait
on est entreprenant  comme on le dit quand on est amoureux
plus qu’entrepreneur
en ce sens le Prato est une création dans son ensemble dans sa vie 

dans son quotidien
pas seulement dans les spectacles du prato ou le spectacles invités
mais tout ce qui est autour  fait sens – tout ce qui fait vivre le lieu qui crée le tissu -
qui fabrique le lien –  qui fabrique le sens-
Résister
résister à la vague qui te fait rouler dans le fond
qui t’asphyxie
qui te ligote les membres les nerfs l’imagination
qui t’étouffe qui t’empêche toute initiative
qui te laisse
bloc
à l’état de nature
rouler bloc béton galet
au fond
toucher le fond
le fond morne

comme une vie morne
créer c’est lutter contre une vie morne
c’est lutter contre tout ce qui nous invite à nous dégrader à nous morfondre
à nous fondre dans la mort bénite
créer c’est balbutier bégayer babouyou bégayou
pour enfin pouvoir faire entendre là
maintenant
ce qui se meut à là-dedans
à là-dedans
à l’intérieur de là-dedans
Et créer c’est donner s’adonner donner à l’autre sa part de folie
et toi l’autre s’empare de ma folie
donner à l’autre
la part des doutes
et l’autre s’empare des doutes
vivre ensemble ce qui doute

 et aussi créer c’est l’étincelle mettre le feu sans les poudres
créer le lien dans les yeux dans l’imaginaire
dénouer délier langues cheveux trop noués
lutter contre
je veux cogner
cogner

cogner
je veux frapper
tuer torturer broyer trancher
je veux scalpel
je veux fusil de chasse
je veux hache bombes
mazout gaz mèche
compte à rebours

je veux étouffer
lutter contre ces têtes de colons
ces traces de colons dans les têtes
comme si nous étions  les maîtres de l’univers
« Je suis maître de moi comme de l’univers »
ces vers qui nous hantent encore

nous les occidents qui sommes toujours persuadés que nous connaissons et  comprenons tout l’univers
crére c’est aussi la surprise
accepter la surprise
la sur-prise de ce qui va arriver
la surprise de ce qui va surgir
la surprise de ce qui va sortir
c’est être surpris
c’est être pris par
par quelque chose
qu’on prévoyait pas
et l’accueillir et l’entendre

 au lieu de NON
JOURNAL DE BORD